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Togo – conférence-débat à Paris : Sortie de crise et perspectives, 26 novembre 2017 + compte-rendu

16 novembre 2017

Togo : sortie de crise et perspectives

Conférence-débat

Dimanche 26 novembre 2017, 13h–18h

A la Mairie du IIe, 8 rue de la Banque M° 3 Bourse

Organisée par Observatoire des Médias pour la Démocratie et la Bonne Gouvernance (OMDG France)

Avec le soutien de Togo Debout à Paris.

Accéder directement au Compte-rendu ci-dessous

13h30 Introduction

13h40 – Limitation du nombre du mandat au Togo dans le contexte africain et ouest-africain

Crise africaine dans le contexte africain, liens avec d’autre luttes contre les dictatures en Afrique, solidarité de la jeunesse d’Afrique de l’Ouest, relations diplomatiques internationales et africaines et attentes à cet égard.

Régis Marzin, journaliste et chercheur indépendant :  limitation de mandats et élections en Afrique, cas du Togo

– Aly Traoré, porte-parole Balai citoyen à Paris : le Front international des sociétés civiles panafricaines (Fispa) et le Togo
– Max Savi Carmel : journaliste au Togo, implication de la communauté internationale et africaine (Cedeao, Ua, Ue, France)

Voir aussi interview du jour à 24H au Bénin.

– Modérateur : Makaila Nguebla, journaliste et blogueur tchadien

14h30 Débat

15h10 Pause

15h20 – Quelle issue à la crise togolaise ?

Chronologie, revendications, mobilisation au Togo et dans la diaspora, initiatives pour l’alternance et la fin de la dictature, perspectives pour une issue à la crise.

– Gaëtan Gbati Zoumarou, CAP 2015 et Alliance Nationale pour le Changement (ANC), Secrétaire national à la diaspora et aux relations extérieures : le sens profond de la lutte du peuple togolais
Karl Gaba, Togo Debout Europe : Togo Debout et la mobilisation en Europe, Amériques et Afrique
– Discutant : Max Savi Carmel, journaliste au Togo
– Modérateur : Cyril Kudjawu (ANC IDF)

16h30 Débat

17h50 Conclusion

 

* * *

26 novembre 2017, Paris, Togo : conférence « sortie de crise et perspectives »

Compte-rendu de Régis Marzin, écrit le 29 novembre 2017, publié le 30 à 00h25

Le journaliste Max Savi Carmel et moi avons organisé cette conférence sur le Togo intitulée : « Togo : sortie de crise et perspectives », ce dimanche, à la Mairie du IIe arrondissement de Paris. J’interviens dans le premier panel, « Limitation du nombre du mandat au Togo dans le contexte africain et ouest-africain », avec Aly Traoré, porte-parole Balai citoyen à Paris (vidéo 1), et Max Savi Carmel (vidéo 2), accompagnés du modérateur Makaila Nguebla, le fameux blogueur tchadien.

Mon intervention replace le cas togolais géographiquement en Afrique et historiquement en remontant à 1990. Je décris l’importance de la question du nombre de mandats présidentiels dans les constitutions en Afrique et en Afrique de l’Ouest. J’explique le lien entre l’historique électoral depuis 1990 et le nombre de mandats, et conclus sur la nécessité pour la communauté internationale et africaine de rediscuter des processus électoraux en Afrique et du nombre de mandats, deux questions totalement liées.

Aly Traoré constate l’inefficacité des institutions africaines, la Cedeao ou l’Ua, et la « tendance à attendre de l’aide de l’extérieur ». Il revient sur l’expérience burkinabé au niveau nombre de mandats : la remise à zéro du compteur entre 2000 et 2005, la lutte du Balai citoyen contre la création d’un Sénat qui devait servir à changer la constitution sans référendum. Il rappelle qu’Hollande avait proposé de recaser Blaise Compaoré à l’OIF. Il termine sur la désorganisation des opposants et la nécessité pour vaincre de « parler d’une seule voix ».

Le journaliste Max Savi Carmel synthétise l’ensemble des positions et des interventions de l’Ua, la Cedeao, l’Ue, l’Onu ou la France depuis le début des manifestations en août. L’Ua avec Alpha Condé et Moussa Faki Mahamat ne défend pas la démocratie. Il souligne qu’Alpha Condé et Alassane Ouattara sont « pro-Faure », alors que les présidents au Bénin, au Burkina, en Gambie, au Sénégal s’opposent à lui. Le Bénin craint de voir arriver des réfugiés. Concernant la Cedeao, il remarque la proximité familiale du président Marcel de Souza avec Faure Gnassingbé : la Cedeao, avec lui, perd toute crédibilité au Togo. Il constate par ailleurs à l’Ue la persistance du réseau de Louis Michel en raison de la présence du directeur Afrique, Koen Vervaeke. La nouvelle ambassadrice européenne en 2017 abandonne la société civile et oriente le budget vers un appui de l’Etat. Selon lui, les dirigeants français joue un double-jeu en Afrique avec l’Union européenne, en adoptant sur le terrain des positions qui fragilisent les positions européennes. Jean-Yves Le Drian est lié à Bolloré en « bon breton » et ne quitte pas la position de Fabius, pour qui, il rappelle un « marché de gré à gré » pour une formation à 600 000 euros en 2011.

En conclusion, Max Savi Carmel propose « une médiation de chefs d’Etat multi-céphale » menée par le Ghana. Il pense que, d’un côté, Faure Gnassingbé pourrait craindre un coup d’Etat s’il annonce son départ en 2020, mais, d’un autre côté, est aussi quelqu’un qui n’a jamais tenu parole, ce qui rendra tout médiation délicate. La communauté internationale ou africaine pourrait accompagner en « adaptant son implication à la réalité de terrain ».

Le débat (vidéo 3) commence par des interventions de solidarité avec la lutte togolaise de membres de la diaspora gabonaise et djiboutienne, Régis Essono (EELV), pour qui, « c’est aux africains d’assurer leur libération, la communauté internationale devant intervenir mais ne pouvant être au premier rang », et Maki Houmed-Gaba (ARD et USN), pour qui, l’équilibre à l’Ua changera avec de nouveaux pays démocratiques.

Je réponds à une question sur les CENI et les processus électoraux. Il est question du statu du chef de file de l’opposition pour aboutir à l’expression d’un paradoxe qu’« une dictature ne se démocratise pas ». Le débat revient sur les marches qui sont interdites dans toutes les autres dictatures. Faure Gnassingbé et son ministre Pascal Bodjona en 2010 ont voulu que le Togo n’apparaisse pas comme une dictature. Je précise que le président a laissé une certaine liberté s’installer au Sud sachant qu’il bloquait tout au centre et au Nord, et que le déblocage de 2017 à ce niveau a conduit à la situation actuelle, sans qu’il ait pu l’empêcher.

Ajout du 12.12.17 : A la pause, on me demande si j’ai vérifié tous les ajouts de limites dans les constitutions pour pouvoir dire ce que devenaient les compteurs de nombres de mandats. Après la conférence, j’ai vérifié les 50 cas d’ajouts en Afrique. J’ai trouvé 10 cas de diminutions de compteurs à 0 ou à 1 et 6 ou 7 cas de maintien du compteur à son niveau réel. La question est cependant évidemment biaisée. La question qui compte est celle de savoir si l’ajout favorise la dictature ou la démocratie, et cela dépend du contexte. Les statistiques doivent s’étudier en fonction de la nature des régimes concernés pour en déduire la finalité et classer les différents cas. Si on classe selon la nature du régime, dictatorial ou démocratique, il se retrouve que même dans les ajouts de limites, les dictateurs essayent de se maintenir au pouvoir sans respecter les règles du jeu démocratique. Lire le complément d’étude sur les limites de mandats du 12.12.17.

Dans la seconde partie « Quelle issue à la crise togolaise ? » (vidéo 4), interviennent Gaëtan Gbati Zoumaro, Secrétaire national à la diaspora et aux relations extérieures de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), Karl Gaba, de Togo Debout Europe, avec à la modération (ANC IDF). Max Savi Carmel est discutant.

Karl Gaba rappelle les revendications des manifestants, le retour à la Constitution de 1992, le vote de la diaspora et le départ de Faure Gnassingbé. Elles correspondent aussi à l’APG de 2006 jamais appliqué. Les manifestations étaient avant l’été encadrées et le défi a été d’imposer au pouvoir des trajets, et, selon lui, « le Parti national panafricain (PNP) a réussi à démontrer qu’il ne faut pas céder sur les itinéraires ». Togo Debout fonctionne sans pyramide et avec des ‘tasks forces’, cherche à organiser des manifestations dans le monde entier et se bat sur les réseaux sociaux. Karl Gaba évoque « 25 négociations » passées, « sans aucun respect des accords ». Il souhaite que l’Ua, l’Ue, l’OIF, la Cedeao, laissent les togolais régler eux-mêmes le problème. Sur l’armée, il souligne que « la colonisation française a créé une force militaire tribale », et qu’il faut faire partir Faure Gnassingbé puis s’occuper de l’armée, ce pour quoi il y aura besoin de la communauté internationale.

Gaëtan Gbati Zoumaro commence par remarquer que le débat sur la rétroactivité vient de l’APG. Unir refuse l’APG et l’opposition demande un retour à la Constitution de 1992. Il revient sur les « 3 mois de démocratie en 1991 » et la violente répression qui a suivi, montrant que « menacé, le régime sort les méthodes les plus lourdes ».

Il affirme qu’il s’agit actuellement d’un « processus révolutionnaire » et qu’avec l’ANC et Cap 2015, « nous ne demandons pas de dialogue et de négociation » alors que « le pouvoir est demandeur ». Il continue : « nous allons au dialogue en nous réservant le droit de claquer la porte », et « la mobilisation populaire va continuer et, c’est elle qui va faire céder le régime » Pour lui, il y a « une dignité à reconquérir », depuis l’assassinat d’Olympio en 1967, il y a une « responsabilité qui pèse sur une génération », et, « personne ne trahira cette lutte, qui se place dans une histoire ».

Max Savi Carmel questionne sur l’efficacité des marches, sur l’impact du temps dans la mobilisation, sachant que beaucoup de crises se finissent par des dialogues, et sur la position particulière de la diaspora. Gaëtan Gbati Zoumaro répond qu’il n’a pas d’inquiétude sur la possibilité d’essoufflement, car la population réfléchit aux causes de la misère. Selon lui, il est surtout important de « maintenir la coalition des 14 partis politiques ». Il demande que « la population veille à ce qu’aucun parti ne trahisse ». Il confirme que « l’ANC s’engage à rester collé aux revendications de la population ». Il insiste qu’il n’y a pas de débat sur la rétroactivité parce « l’application immédiate » de la limitation du nombre de mandat implique qu’il est « hors de question que Faure termine son mandat ».

Le débat revient aussi sur la situation difficile des réfugiés au Ghana, puis sur l’armée. Selon Gaëtan Gbati Zoumaro, sortir de la dictature implique un « rapport de force » pour « contraindre le dictateur au départ », avec la CPI et la communauté internationale comme « ceinture de sécurité ». Il accepte les discussions sur les conditions du départ mais pas sur les 3 revendications principales.

Max Savi Carmel donne quelques données sur l’armée dirigée par le Chef d’Etat-major, Félix Katanga, depuis 2014 : 14 camps dont 12 connus, dont 9 dirigés par des kabiyés, 9 entrepôts d’armes, tous dirigés par des hommes originaires de Pya, le village du chef de l’Etat et de son père, 19 000 soldats officiellement dont 16 000 kabiyés, 24 000 en réalité. Faure a donné 11 Millions de CFA – 16 768 euros – de cadeau cette année à chacun des officiers (NDLR : 2000 officiers estimés). Les officiers s’enrichissent.

Karl Gaba rappelle que Faure Gnassingbé est arrivé par un triple coup d’Etat – constitutionnel, militaire, et électoral -, qu’il n’a « jamais été élu » et est « illégitime ». Par conséquent, le juridisme peut faire perdre le combat. Pour lui, la vraie négociation est avec l’armée. Aly Traoré intervient sur la désobéissance civile.

Cyril Kudjawu conclut la journée sur l’importance de la lutte pour l’Afrique et la nécessité d’avoir une lutte panafricaine.

Régis Marzin,

Article écrit le 29 novembre 2017, publié le 30 après minuit.

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