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Gabon – A Paris, la diaspora gabonaise demande le départ d’Ali Bongo

5 septembre 2016

A Paris, la diaspora gabonaise demande le départ d’Ali Bongo

3 septembre 2016, Paris, manifestation contre le coup d’Etat électoral au Gabon

Régis Marzin, Paris, 5 septembre 2016

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Parmi les 22 dictatures africaines en 2016, le régime gabonais, comme celui du Burkina Faso en 2014, pouvait apparaître comme l’un des moins durs. Mais la logique de détérioration est implacable. La population est beaucoup plus mécontente d’un second coup d’Etat électoral que d’un premier. Le peuple veut agir au plus vite et au plus fort pour stopper l’installation d’un pouvoir monarchique. Le second coup d’Etat électoral enclenche un engrenage vers un conflit sans réconciliation possible. Pour échapper à la sanction populaire, le dictateur augmente le niveau de la dictature définitivement.

Globalement en Afrique, plus les peuples réclament la démocratie, plus les dictateurs résistent et accentuent la répression. Entre autres, cette logique de détérioration pousse la communauté internationale à s’impliquer, parce que sinon, les conflits iraient grandissants au point de risquer d’échapper à tout contrôle extérieur. Une fois la négociation entamée, il s’agit de trouver une issue, pour le peuple comme pour les diplomates. Au Gabon, cette solution ne peut plus passer par Ali Bongo. Le tyran mafieux est mort politiquement, et n’a plus pour lui que la violence de sa Garde républicaine et de ses miliciens encagoulés. Le coup d’Etat électoral se transforme en répression militaire violente qui pourrait se pérenniser.

Ce 3 septembre, à Paris, ils et elles étaient 3000 à se rassembler pour montrer leur refus catégorique d’un nouveau coup d’Etat électoral. C’est surtout la diaspora gabonaise qui s’est rassemblée, même les personnes qui n’ont pas voté. Elle a pour cela utilisé au maximum les réseaux sociaux sur internet. Cette diaspora est avant tout pour la fin de la dictature. Elle reconnaît que, selon les règles du jeu de la démocratie, Jean Ping a gagné, avec une alliance de l’opposition. Le coup d’Etat électoral est évident : dans la dernière province dont les résultats ont été connus, le Haut Ogooué, le fichier électoral a été fortement gonflé, la participation a été fixée sur le papier à 99% et le vote pour Ali Bongo a été inventé à 95%.

Peut-être que le reste de l’Afrique n’a pas encore bien compris cette nuance entre choix d’un leader et rejet de la dictature. En outre, l’enjeu continental est dans le basculement potentiel du nombre de pays dictatoriaux et démocratiques actuellement à l’équilibre, 22 et 22, du côté des démocraties. Un seul pays ferait passer la majorité du côté de la démocratie. C’est pourquoi, les derniers dictateurs, qui cette année viennent de commettre le même type de coups d’Etat électoraux, au Congo-Brazzaville, à Djibouti, au Tchad, ou en Guinée Equatoriale, se taisent. Ces coupables ont pour l’instant laissé les diplomates européens et américains se débrouiller, pour que les regards ne se retournent pas vers eux. Seul Idriss Déby, l’auteur d’un coup d’Etat électoral au Tchad en avril 2016, s’est exprimé le 4 septembre au nom de l’Union africaine dans un style convenu.

Les gabonais-es se sont aussi souvenus de l’amitié liant Nicolas Sarkozy et Ali Bongo et se sont mis-es à crier « Sarkozy ! vient chercher Ali. » Robert Bourgi est là aussi. François Fillon est là aussi. Jean-Luc Mélenchon est là aussi. Mais la question qui se pose n’est pas celle d’un règlement de compte de fin de Françafrique ou celle de la fin d’un « impérialisme » : la question principale est maintenant celle du respect des règles de la démocratie dans les pays sans alternance depuis 25 ans, comme l’a souligné le député socialiste Philippe Baumel.

A en croire les pancartes et les slogans sur la CPI, la foule souhaite aussi qu’Ali Bongo soit jugé pour les massacres en cours. Même les media qui comprennent la victoire de l’opposition reprennent étrangement les bilans officiels, qui n’ont rien à voir avec la réalité. Dresser un bilan des massacres est devenu une urgence, au-delà de l’émotion et des deuils.

Le même jour, au Gabon, l’opposition explique que les procès verbaux de la province ou Ali Bongo a organisé l’essentiel des fraudes pour inverser le résultat, le Haut-Ogooué, permettent facilement de montrer que les chiffres officiels de cette province sont totalement inventés, et que Jean Ping est donc vainqueur. La communauté internationale et la MOE-UE en particulier peuvent accéder à une grande partie des PVs du Haut-Ogooué et estimer les résultats ce qui confirmerait la victoire de Jean Ping. La MOE-UE n’a pas été jusqu’au bout de ses possibilités d’action. Pourquoi ?

Ali Bongo continue de refuser la publication de tous les PVs des bureaux de votes comme le réclame l’Union européenne, le Conseil de sécurité de l’ONU, les diplomates français et américains, avouant ainsi son mensonge. La communauté internationale pourrait décider d’agir fermement en fonction de cet aveu indirect.

Le 5 septembre au matin, Jean Ping a appelé à la « grève générale et au blocage économique du Gabon ». Le Gabon est politiquement perdu pour Ali Bongo et son clan. Vont-ils rester par la force et persister dans le déni de la réalité ? Alors que des « dizaines » de gabonais-es ont déjà sacrifié leur vie, la communauté internationale est face à la question de la limite à ne pas dépasser pour les dictateurs africains, la limite actuelle, à quelques mois des élections en République démocratique du Congo, pays ou la même question pose déjà des difficultés beaucoup plus importantes.

Mais les dictateurs africains ont habitués le monde à des surprises. Ils sont aussi solidaires entre eux. Voilà que le 5 septembre toujours, l’Union européenne (SEAE) et le gouvernement français (MAEDI) en France ont accepté l’idée d’une délégation de présidents africains menée par le président de l’Union africaine, Idriss Déby, bien que celui-ci soit lui-même auteur d’un coup d’Etat électoral au Tchad en avril 2016. L’issue pour le Gabon après le coup d’Etat électoral se trouvera-t-elle à l’échelle géopolitique supérieure ? Ou est-ce le début d’un nouveau renoncement dans le soutien des démocrates africains ?

Régis Marzin, Paris, 5 septembre 16

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