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Fête de l’Humanité : mobilisations africaines

15 septembre 2013

Fête de l’Humanité : mobilisations africaines

Régis Marzin, 16 septembre 2013

Comme tous les ans, la fête de l’Humanité est l’occasion de débats et d’échanges sur la politique internationale, en particulier sur l’Afrique. Le Village du Monde rassemble l’ensemble des stands sur l’international et son Espace Débat permet d’informer un maximum de personnes sur des questions essentielles.130914FeteHuma_012RMarzin

La tendance du programme de la fête depuis le ‘printemps arabe’ est de privilégier l’Afrique du Nord et le Moyen Orient. Un seul débat concerne l’Afrique subsaharienne, « Sahel la Poudrière », mais annoncé le dimanche au niveau presse, il avait déjà eu lieu le vendredi, ce qui montre à quel point cette grande foire qu’est la fête de l’Humanité est aussi marquée par à un certain flou d’organisation.

Le débat du samedi après-midi s’intitule « Après les Printemps Arabes, quel chemin vers l’émancipation? ». Y participent, de gauche à droite sur la photo ci-dessus, Hanny Hanna, journaliste indépendant égyptien, Nadia Chaabane, députée tunisienne démissionnaire de l’Assemblée Nationale Constituante, Hassane Zerbouki, journaliste modérateur, Hédi Sraieb, économiste tunisien, Michelle Demessine, sénatrice communiste.

Tunisie: la révolution de fin de dictature continue d’avancer

Nadia Chaabane insiste sur la crise sécuritaire actuelle et l’impasse de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) en Tunisie, dont elle a démissionné avec 69 député-e-s. Elle demande la rédaction d’une constitution par des experts et consultation par referendum, la démission du gouvernement de la troïka actuelle et la formation d’un gouvernement de Salut National. La Troika, des 3 partis au pouvoir, dont Ennahdha, est accusée de putsch après les élections de l’ANC. Elle s’exprime également au nom du Front de Salut National qui tient un sit-in depuis 50 jours pour mobiliser autour de ces revendications. Une manifestation a rassemblé 50 000 personnes. Elle décrit une situation qui dégénère avec les  assassinats en 2013 des 2 hommes politiques Chokri Belaîd et Mohamed Brahmi, la liberté de la presse régulièrement bafouée, la vente des entreprises de l’Etat aux pétromonarchies, la désorganisation de l’administration par l’arrivée de fonctionnaires incompétents choisis pour leur soutien à Ennahdha. Pour elle, Ennahdha ne représente pas la population tunisienne. Elle conclut sur l’importance stratégique de la Tunisie pour l’ensemble de l’Afrique. Le printemps arabe a apporté un espoir aux peuples africains subissant les dictatures. Contrairement à ce qui se dit dans certains media, aujourd’hui, la révolution tunisienne n’est pas terminée, elle continue d’avancer malgré les difficultés.

L’économiste tunisien Hédi Sraieb décrit la politique du gouvernement actuel comme ultralibérale à laquelle s’ajoute la charité. 20% de la population a 50% des richesses. L’endettement rapproche le pays de la situation de la Grèce en 2009. Le système est à bout de souffle. Un ‘projet alternatif’ est nécessaire pour arrêter une politique économique trop proche de celle de Ben Ali. La sénatrice Michelle Demessine revient d’un deuxième séjour en Tunisie et soutient le Front de Salut National, parce que ‘les révolutions arabes ne sont pas perdues’. Elle remarque qu’il y a un front uni contre Ennahdha, rassemblant du centre a l’extrême-gauche en passant par le syndicat UGTT et un syndicat patronal UTICA.

Hanny Hannah revient sur les derniers événements de l’été en Egypte. Selon lui, comme il n’y a pas eu de vie politique pendant 60 ans, l’Egypte est en train d’apprendre, et cet apprentissage a été plus important en 1 an de gouvernement des Frères Musulmans qu’en 60 ans. Par contre les Frères Musulmans sont un parti-secte fonctionnant autour d’un gourou, qui ne progresse pas vers une culture démocratique. Ils sont par ailleurs ultra-libéraux. Pour lui, l’armée en chassant Morsi n’a pas fait un coup d’état: 17 à 33 millions de manifestants avaient plus de légitimité que les élections avec 12 millions de votants pour Morsi, mais si l’armée et la police répriment fortement ensuite, cela pourrait aussi se transformer en ‘coup d’état’. Selon lui, le prochain gouvernement peut s’il prend des mesures sociales stabiliser le pays pour aller vers des élections crédibles, sinon les tensions vont s’exacerber.

Les questions du public permettent de reparler de la question de la laïcité, de la politique française qui n’est pas à la hauteur, parce qu’elle s’articule autour d’un compromis très diplomatique qui ne tient plus aujourd’hui. La situation de la Tunisie démontre une fois de plus que le gouvernement française ne soutient pas correctement la démocratie.  Cela est encore plus évident dans d’autres pays, et en particulier en Afrique subsaharienne. La guerre en Syrie monopolise toutes les attentions, alors que le ‘printemps arabe’ continue d’avancer en Tunisie.

130914FeteHuma_023RMarzinLa Syrie est d’ailleurs le sujet de la conférence-débat suivante: « Syrie : comment sortir de l’impasse? ». L’organisateur du débat, pour le journal l’Humanité, a pris un gros risque en invitant un conseillé de l’ambassade de Russie. Après les interventions, le débat est si houleux que qu’il doit être interrompu. Une intervenante a même fuit. Deux composantes de l’opposition démocratiques laïque, Parti Politique du Peuple Syrien et Parti de l’Union Démocratique, se déchirent sur la question du rôle de la Russie et de l’importance des forces islamiques dans le Conseil National Syrien. L’actualité en Syrie étant très forte juste au moment de la Fête de l’Humanité, le Parti Communiste a souhaité par ailleurs communiquer sur sa position. Ce débat n’a pas permis de bien montrer comment sortir de l’impasse, même si les pistes ont été discutées.

Dans les stands du Village du Monde

Le village du monde, c’est aussi un grande quantité de stands diffusant de l’information, de qualité très variable. Le stand d’une petite association qui galère pour rembourser sa place peut côtoyer le stand  d’un Etat d’Amérique du Sud qui vient avec un budget pris dans l’argent du pétrole.

Concernant l’Afrique, quelques petits stands organisent des débats, en particulier le stand de Survie Paris. J’assiste le dimanche à un débat très intéressant sur l’armée française en Afrique, qui fait le lien entre l’implication française dans le génocide des Tutsis en 1994 et la participation de l’armée aux conflits ivoirien, libyen et malien. Il est aussi question de la coopération militaire française avec les dictatures, et en particulier avec la dictature tchadienne d’Idriss Déby, un scandale majeur.

A Madagascar, en attendant les élections, le pillage continue

130915FeteHuma_008RMarzin-001Débat sur Madagascar au stand de l’association Dago-Rias

Le stand de Dago.RIAS, Madagascar – Réseau Informations Alternatives Solidaires, propose un débat sur le pillage des ressources naturelles et l’accaparement des terres à Madagascar, avec Jean-Claude Rabeherifara, Nicolas Sersiron du CADTM France, et Vahinala Douguet-Raharinirina. La crise politique malgache depuis le coup d’état de 2009 a permis a des multinationales de s’implanter en signant des contrats de manière très opaque avec un gouvernement qui n’est pas issu légitimement des urnes. Vahinala Douguet-Raharinirina dresse le bilan des entreprises étrangères qui participent à l’accaparement des terres. Ces multinationales, anglaises, irlandaises, indienne, américaine, australienne, italienne, … sont arrivées pour produire des agrocarburants, le Jatrofa par exemple, et de la nourriture pour les pays riches. D’autres compagnies se réservent des territoires « puits de carbone », déplaçant des populations. Les résistances des paysans peinent à s’organiser face à des réseaux d’acteurs, associant banques et multinationales. Un paysan malgache vivait sur 1,2ha en 1985, 0,87ha en 2005, mais seulement 0,15ha en 2009. L’agriculture emploie 80% de la population active dans ce pays extrêmement pauvre. Les hydrocarbures et les mines prennent une autre part des terres, sans consultation des populations, sans étude d’impact environnemental, avec souvent de fort soupçons de corruption. La société paysanne traverse en même temps de fortes évolutions culturelles. La solidarité diminue, la résistance s’organise mais difficilement, alors que des solutions politiques se font attendre. Le pouvoir issu des prochains scrutins des 25 octobre et 20 décembre 2013 tiendra-t-il enfin compte des besoins des populations ?

130914FeteHuma_053RMarzinD’une autre manière, des artistes africains participent aussi à faire entendre les voix de leur continent, comme par exemple, les congolais de Staff Benda Bilili ici sur la grande scène de l’Huma 2013.

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