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Politique africaine : à quelques jours des législatives françaises

6 juin 2012

Politique africaine : à quelques jours des législatives françaises

 Régis Marzin, 6 juin 2012, article publié dans Tribune d’Afrique du 12 juin 2012

Les derniers sondages sur les élections législatives françaises indiquent que, vraisemblablement, le Parti Socialiste devrait gagner ces élections, ce qui ne sera pas une surprise après leur victoire à la présidentielle. Les sondages parlent aussi des hypothèses pour composer une majorité : sans allié, avec un allié, a priori une vingtaine de députés d’Europe Ecologie les Verts, parti déjà au gouvernement, ou avec un deuxième ‘allié’ indirect, le Front de Gauche, lui aussi estimé à une vingtaine de députés, indirect car ceux-ci, s’ils n’entreront pas dans la majorité associée au gouvernement, éviteraient de censurer ce gouvernement, le laissant travailler en agissant en fonction de chaque sujet. Le processus pour aboutir au gouvernement Ayrault-Hollande correspondait à une alliance perçue comme indispensable pour vaincre Sarkozy, mais il y a divergences dans les convergences d’objectifs entre PS et écologistes. La gestion commune du gouvernement comme celle des multiples échelons locaux rapprochent ces deux partenaires. Le rôle d’un troisième parti au parlement, associé de circonstance, n’est pas encore très défini. Sa place dépendra du type de majorité élue le 17 juin, il devrait être au minimum un parti aiguillon, critique, exigeant du débat et de la transparence. François Hollande tente aujourd’hui de rassurer sur le fonctionnement des institutions entre Elysée, gouvernement, et parlement. Quand il parle de président ‘normal’, au premier degré, il s’agit de se moquer de son adversaire et de critiquer son mode de gouvernement, mais au second degré, les personnes averties comprennent le mot ‘normal’ en référence à l’ ‘anormalité’ du mode de gouvernement de François Mitterrand lui-même. L’ancien président socialiste est en apparence toujours admiré au PS, mais on dit en coulisse au PS que son mode de gouvernement pendant le second septennat fut lui-aussi catastrophique. La Françafrique mitterrandienne avec le paroxysme de l’implication française dans le génocide des Tutsis au Rwanda en a été la conséquence. En rencontrant Yavi Boni, François Hollande a signifié un nouveau fonctionnement diplomatique mettant par principe en priorité l’Union Africaine : « C’est un double symbole, d’abord de reconnaissance de ce qu’est la démocratie béninoise, qui est exemplaire dans le continent, et un symbole également de la considération que je porte à l’Union africaine ». Ce nouveau fonctionnement concerne aussi les institutions françaises dans la volonté de redonner sa place au parlement.

Concernant la politique étrangère, le bilan de la précédente législature est affligeant, la dernière année n’ayant pas suffi à rattraper l’absence de travail. A propos de l’Afrique, dans sa nouvelle composition, le parlement français pourrait se diriger vers un retour à un mode de travail plus saint grâce à un retour vers des débats moins superficiels, moins inutilement et stupidement polémiques. A partir de juin 2012, même peu nombreux, quelques députés exigeants, libres et critiques seront particulièrement importants sur les sujets qui concernent des sorties de tabous et des scandales impliquant l’état français ou des politiciens. La politique africaine en étant pleine, le débat devrait avancer d’autant plus qu’il n’avançait pas en l’absence de députés suffisamment motivées et informés. Le Front de Gauche comme Europe Ecologie les Verts sont intéressés par un bilan parlementaire du passé de la politique africaine de la France. Tout en étant d’accord sur de nombreux points, ces deux partis ne devraient pas pousser exactement pour la création des mêmes Commissions d’Enquêtes Parlementaires, et le Front de Gauche devrait a priori se montrer plus dur. Plus on remonte vers l’époque mitterrandienne, plus des politiques ont impliqué des personnalités socialistes et ce point essentiel est en suspens. La collaboration avec la dictature libyenne, la collaboration militaire et policière avec des dictatures en Afrique, par exemple au Cameroun, l’implication française dans le génocide des Tutsis en 1994, l’implication française dans l’assassinat de Thomas Sankara en 1987, ou le rôle de la Force Licorne en Côte d’Ivoire en 2011, sont des sujets déjà évoqués pour des Commissions d’Enquêtes. Sans être envisagés comme sujet de commission d’enquête, d’autres sujets sont dans toutes les têtes, et en particulier les valises d’argent versés aux partis ou aux personnalités avec l’argent du pétrole du golfe de Guinée.

La question de la fin de la Françafrique a été souvent discutée depuis quelques mois. Pourtant, elle est sans doute maintenant moins importante que la question de la fin du soutien aux dictatures des anciennes colonies françaises, qui en constitue l’axe le plus résistant. Quoiqu’il advienne des restes d’un système néocolonial, les régimes dictatoriaux occupent le terrain, et par définition, les dictateurs ne sont jamais prêts à lâcher le pouvoir. L’enjeu d’une nouvelle politique française est donc d’inverser la relation de soutien à ces régimes en une dénonciation et en un soutien aux démocrates. Cette fin des compromissions diplomatiques et militaires avec les régimes dictatoriaux est particulièrement nécessaire au Tchad, au Congo Brazzaville, en Centrafrique, au Cameroun, au Togo, au Gabon, à Djibouti, au Burkina Faso et en Mauritanie, parce que ces pays non démocratiques sont ceux qui ont, par le passé et jusqu’à très récemment, subis le plus fortement l’influence française. Cette transformation de la politique française pourrait être réalisée selon plusieurs hypothèses de calendrier. Les partis politiques français réellement critiques et soutenant la démocratisation du continent africain devraient a priori essayer d’accélérer le rythme, chacun à leur manière, et de manières complémentaires. Le rapport de force entre ‘anciens’ et ‘modernes’ sur la politique étrangère au PS devrait à ce jeu se trouver modifié dans le sens d’un renforcement des plus modernes. Le leader du Front de Gauche a bien compris le rôle qu’il peut prendre sur l’Afrique dans une position très critique, et ainsi, il sera en direct en vidéo avec les Indignés du Gabon et le mouvement ‘Cà suffit comme cà !’ à leur forum du 9 Juin à Libreville, alors que les leaders de la société civile gabonaise, Marc Ona et Georges Mpaga, viennent, eux, d’écrire à François Hollande pour lui proposer une rupture véritable : « Les peuples africains attendent de vous un signal fort, des actes de rupture irréversibles. Sur cet aspect, vous devriez résolument refuser de cautionner les changements anticonstitutionnels, marqués par des manipulations des lois fondamentales au profit des dictateurs africains, les présidences à vie, tout comme les successions héréditaires d’actualité au Gabon à cause des falsifications de la constitution et du code électoral qui font le lit d’élections tronquées et qui programment à l’avance la victoire de celui que le peuple désavoue,… . » Dans leur « guerre asymétrique », cette société civile gabonaise continue d’aider « la peur à changer de camp ».

Au niveau de la politique étrangère française, beaucoup de conditions sont déjà réunies pour rendre certains changements obligatoires et bientôt irréversibles, même si les méthodes pour le faire ne sont pas encore correctement définies. Au-delà du rythme, le mystère est grand sur la profondeur-même de la transformation à venir. Les démocrates africains devraient pouvoir rapidement y gagner de pouvoir imposer la critique des dictatures de manière ‘décomplexée’, juste retour de balancier après la politique « décomplexée » de Sarkozy de défense des intérêts français en Afrique. L’évolution de la politique française se verra dans les faits face aux fraudes électorales et aux mascarades des prochains mois. Elle se verra également dans les échanges qui s’établiront avec l’Union Européenne ou les Etats-Unis sur ce même sujet. Une priorité diplomatique sera sans doute pour la diplomatie française de ne pas donner l’impression d’une ingérence pour la démocratisation qui rappellerait la Françafrique, ce qui pourrait induire une dialectique pleine de subtilités. Malheureusement, les congolais, avec des législatives en juillet août subiront une mascarade de Sassou N’Guesso de plus à un moment où peu de choses auront bougé en France. A l’automne ou après, d’autres législatives, entre autre au Cameroun, au Burkina Faso le 2 décembre, et bien sûr au Togo, permettront de juger si un changement en France se met en place et s’il a de l’effet à court terme sur ces processus électoraux. La qualité des débats au parlement français devraient aussi signaler la teneur de la nouvelle politique française. Plus cette politique soutiendra réellement la démocratie en Afrique, plus elle pourrait faire levier au niveau des gouvernements africains qui pourraient se sentir obligés d’anticiper les suites et conséquences, alors que l’Union Africaine pourrait, elle, essayer d’anticiper plus rapidement.

Régis Marzin, 6 juin 2012, article publié dans Tribune d’Afrique du 12 juin 2012

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