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Enjeu des élections législatives en Afrique et au Gabon

30 avril 2012

Enjeu des élections législatives en Afrique et au Gabon 

Extrait du Dossier d’information, rédigé par Survie dans le cadre des activités du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique : « Législatives du 17 décembre 2011 au Gabon : encore des élections pour renforcer une dictature », 9 décembre 2011, http://survie.org/IMG/pdf/DossierInfoLegislativesGabon_9_12_2011.pdf

Après deux années marquées par de nombreuses élections présidentielles en Afrique francophone, les élections législatives organisées à partir de fin 2011 sont nombreuses et déplacent en partie l’enjeu de la démocratisation globale du continent sur les législatives. Cinq scrutins législatifs se tiennent dans le dernier trimestre 2011 : le 25 novembre au Maroc, le 28 novembre en RDC, le 11 décembre en Côte d’Ivoire, le 17 décembre au Gabon, le 29 décembre en Guinée Conakry. Puis un très grand nombre d’élections législatives sont prévues en 2012, en mai 2012 au Burkina Faso (avec risque de report), en juillet 2012 au Mali ainsi qu’au Cameroun, en septembre ou octobre au Togo, et à une date inconnue en Egypte, à  Madagascar, au Congo Brazzaville, en Algérie (avant révision de la constitution), ainsi qu’en Mauritanie. Enfin, les élections pour la Constituante en Libye sont prévues avant juin 2012.

La « démocratisation » prétendument initiée dans les années 1990 avec les Conférences nationales a échoué  dans un grand nombre de pays car l’avènement ou le retour au multipartisme n’a pas mis fin aux dictatures. Les régimes dictatoriaux, pour durer, ont continué à maquiller leur régime en démocraties, en utilisant le faire-valoir d’élections pourtant largement frauduleuses mais cautionnées par les partenaires extérieurs, dont la France. Ces dernières années, la fraude électorale s’est encore raffinée, les fraudes ayant surtout lieu dans la préparation en amont, même quand cette préparation est appuyée financièrement et techniquement par l’Union Européenne, comme au Togo, plutôt qu’au moment du scrutin., Cela fut particulièrement évident dans diverses élections présidentielles en 2009, au Congo-Brazzaville[1] (Sassou Nguesso, 78,6%, 12 juillet 2009), en Mauritanie[2] (Ould Abdelaziz, 52%, 1er août 2009, suite à putsch de 2008), en Tunisie (Ben Ali, 89,6%, 25 octobre 2009), et, donc, au Gabon[3] (Ali Bongo, 41%, 30 août 2009), en 2010 au Togo[4] (Faure Gnassingbe, 4 mars 2010). La diplomatie française a corrigé ses actes par le soutien relatif au processus de démocratisation en Guinée Conakry (7 novembre 2010, Alpha Condé : 52,52%) et au Niger en 2010 (12 mars 2011, Mahamadou Issoufou, 57,95 %). L’année 2011 s’est ouverte par la guerre en Côte-d’Ivoire impliquant l’armée française, sur fond de processus électoral contesté, une crise qui a mis en évidence l’importance des enjeux électoraux et de la transparence sur le continent.

Enfin, les discours gouvernementaux ont changé de direction suite à la révolution tunisienne début 2011 et au scandale qui s’en est suivi sur la coopération franco-tunisienne. Mais dans les faits, il n’y a pas de changement de cap, les dictateurs amis de la France continuent d’organiser de fausses élections sans aucune condamnation française, ce qui est interprété comme une caution : le 21 novembre 2010, au Burkina Faso, Blaise Compaoré est élu avec 80,98% ; le 23 janvier 2011, en Centrafrique, François Bozizé est élu avec 66,08%[5] ; le 20 février 2011, au Tchad, le MPS du président Idriss Déby Itno et ses alliés remportent les législatives avec 133 députés sur 188 alors qu’une Mission d’Observation Européenne est sur place, et le 25 avril, Déby est réélu avec 88,66 % des voix, après des fraudes massives et un boycott[6]; le 8 avril 2011 à Djibouti, Guelleh est élu avec 79,26% ; le 9 octobre 2011, Paul Biya est élu après 29 ans de règne avec 77,9% [7].

Au moment du calendrier imposé par Ali Bongo pour les prochaines législatives gabonaises, le contexte international est donc changeant et ambigu et laisse encore une marge de manœuvre importante aux dictateurs pour jouer, sans perte d’image, avec le manque de soutien à la démocratie des bailleurs de fonds et grandes puissances qui usent du double langage. Le très faible soutien aux démocrates que ce soit par l’Union européenne et surtout par la France semble avant tout ciblé et opportuniste, extrêmement hypocrite. L’historique de corruption entre la France et le Gabon permet sans doute à Ali Bongo de profiter d’arguments secrets. La parole de la diplomatie française est très attendue étant donné le poids toujours actuel de la France et l’historique des affaires. Aux yeux des démocrates gabonais résolument engagés pour sortir de la dictature, le scrutin qui se prépare n’a aucune valeur. La stratégie du boycott en l’absence de garanties de transparence a rassemblé de manière presque consensuelle les uns et les autres, et isole le régime, empêtré dans ses manœuvres pour faire illusion.

Dans ce contexte, une diplomatie française qui soutiendrait, même implicitement, le pouvoir gabonais dans l’organisation de ces élections sans valeur ou resterait silencieuse face aux efforts des mouvements démocratiques de la société civile et de l’opposition politique prouverait la continuité d’une politique françafricaine soumise aux chantages issus de la corruption passée, et irait encore une fois à l’opposé des résolutions du président Nicolas Sarkozy, prises devant la Conférence des ambassadeurs le 31 août dernier: « Ce qui est nouveau, après des décennies pendant lesquelles la stabilité, à l’Est comme au Sud de l’Europe, c’est la volonté de la France d’accompagner avec détermination le mouvement des peuples vers la démocratie. »[8]

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[1] 9 juillet 2009, Elections présidentielles du 12 juillet 2009 en République du Congo : Vigilance à l’approche d’un drame politique annoncé. http://www.survie-paris.org/communique-elections.html

[2] 4 août 2009, Mauritanie : Comment passer de putschiste à président en un an, http://survie.org/francafrique/mauritanie/article/mauritanie-comment-passer-de

[3] 15 septembre 2009, Gabon – Lettres aux députés à propos des conditions de l’élection d’Ali Bongo, http://survie.org/francafrique/gabon/article/gabon-lettres-aux-deputes-a-propos

[4] 9 février 2010, Togo Election présidentielle du 28 février 2010, Une nouvelle mascarade en perspective, http://survie.org/francafrique/togo/article/togo-election-presidentielle-du-28

[5] 2 février 2011, Les Centrafricains sont-ils condamnés aux élections truquées et aux dictateurs « amis de la France » ?, http://survie.org/francafrique/republique-centrafricaine/article/les-centrafricains-sont-ils

[6] 19 avril 2011, Présidentielle au Tchad : la France et l’Union Européenne soutiennent la dictature Déby sous couvert de démocratie, http://survie.org/francafrique/tchad/article/presidentielle-au-tchad-la-france

[7] 13 Octobre 2011, Survie : Cameroun : « l’inacceptable » soutien militaire français à la dictature ! http://survie.org/francafrique/cameroun/article/cameroun-l-inacceptable-soutien

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