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Gabon : Ali Bongo : un gangster protégé !

30 avril 2012

Ali Bongo : un gangster protégé !

par Bruno Ondo, Ca suffit comme çà ! (Paris) et Régis Marzin

Article écrit pour Billets d’Afrique de mars 2012, journal de l’association Survie

Le Gabon est un petit pays souvent oublié dans l’actualité internationale, pourtant, son rôle stratégique dans la Françafrique et son pouvoir particulièrement répressif et dictatorial mériterait une attention toute particulière, au risque de laisser une famille abuser d’un peuple pendant un siècle.

En décembre 2011, Ali Bongo a organisé une nouvelle mascarade électorale pour installer durablement son régime acquis grâce au règne de son père et un premier putsch électoral en 2009. L’opposition réelle a choisi de ne pas participer à ce scrutin, et, le boycott a été soutenu par la société civile engagée contre la dictature emmenée par le Mouvement « ça Suffit Comme ça » ! Selon cette organisation « l’élection législative du 17 décembre 2011 a davantage plongé le Gabon dans les profondes ténèbres de la démocratie avec une Assemblée Nationale monocolore représentative d’une minorité politique de 5% du corps électoral ». Ali Bongo maîtrise des institutions aux ordres alors que plus personne ne se fait d’illusion sur ses efforts pour donner le changement. Il est donc en quête de soutiens et notamment en France. Nicolas Sarkozy a bien accepté de recevoir Sassou N’Guesso. Ali Bongo a dû lui se contenter ce mois de février d’un ancien premier ministre socialiste, Laurent Fabius, qui s’est cru être encore à l’époque de Mitterrand.

L’éléphant du PS s’est rendu naïvement au Gabon, pour une conférence d’HEC, alors que l’affaire des valises est dans toutes les têtes à quelques mois des élections françaises et il s’est fait photographié avec Ali Bongo. Il existe des réformateurs au PS mais y’aura-t-il un pilote pour diriger la politique internationale si Hollande est président ? La visite de l’ancien premier ministre n’a en tout cas été perçu par les gabonais que comme une traditionnelle caution française au potentat, même s’il s’agissait d’une initiative personnelle, selon certains socialistes. Laurent Fabius est venu déclarer que les relations entre la France et le Gabon étaient « excellentes » et souhaiter « qu’elles se développent dans le futur », alors que la Cours Constitutionnelle menée par la belle-mère d’Ali Bongo venait de « valider » le résultat des législatives et que le président s’occupait de changer de gouvernement.

La justice française vient également de rejeter la plainte d’Ali Bongo contre le porte-parole d’Eva Joly, Yannick Jadot, qui l’avait juste traité de dictateur. Comme pour la plainte d’un autre président visé par la plainte sur les Biens Mal Acquis, le président de Guinée Equatoriale, Obiang, contre le CCFD, la justice exprime une nouvelle fois son refus d’être instrumentalisé par des dictateurs. L’affaire des Biens Mal Acquis qui rebondit en 2012, avec ce mois de février la perquisition de l’hôtel particulier de Teodoro Obiang, n’en finit pas de secouer le petit monde de la Françafrique. Cette actualité concerne particulièrement le Gabon à quelques mois des élections en France. L’excellent livre de Xavier Harel et Thomas Hoffnung, « Le scandale des biens mal acquis » sorti en décembre 2011 cite (page 202) l’ancien Directeur adjoint  de cabinet du président Ali Bongo, Mike Joktane : « Ce que dit Robert Bourgi au JDD est vrai, mais incomplet : Omar Bongo a contribué au financement de la campagne présidentielle de 2007 du candidat Nicolas Sarkozy. » Le révérend Evêque pentecôtiste « Mike Jocktane » est en retour victime d’une répression politique et judiciaire pour avoir reconnu la réalité des mallettes d’argent. Ca Suffit Comme ça ! dénonce dans ces attaques, par un communiqué du 22 février, « une imposture, une manipulation éhontée et par-dessus tout à une transgression inacceptable des normes de droits aux fins de règlements de compte contre les adversaires politiques. »

La Françafrique a toujours besoin du Gabon. Un gabonais, Jean Ping est toujours en place à la présidence de la Commission de l’Union africaine. L’Union Africaine a failli élire Kosazana Dlamini-Zuma, ex-femme du président sud-africain et le vote à Addis-Abeba, lors du 18e sommet de l’organisation qui s’est tenu les 29 et 30 janvier 2012 a du être reporté faute de vainqueur. Pour le journal sud-africain Daily News, qui évoque un lobbying qui aurait irrité les autres pays, notamment anglophones, «les interférences françaises ont couté le poste à Ping».[1]

Ali Bongo a aussi tenté de profiter de la Coupe d’Afrique des Nations pour faire oublier les fausses élections de décembre. Le 12 février, à Paris, devant un parterre d’invités à la diffusion de la finale, l’ancien ministre de l’économie du Gabon, a annoncé une  réforme de la fiscalité à l’avantage exclusif des investisseurs, une réforme du code du travail gabonais, et a parlé des garanties pour les investisseurs français pour rapatrier ses capitaux. Il imite ainsi Sassou N’Guesso, qui a dû venir lui-même rencontrer les entreprises françaises à Paris. Depuis la fin de la Coupe d’Afrique des Nations co-organisée par le Gabon et la Guinée Equatoriale, plusieurs gabonais ne cessent de s’interroger sur le bilan de l’enveloppe allouée pour cet évènement sportif : estimé à 400 milliards de francs CFA, soit 610 millions d’euros. Un premier scandale a éclaté autour d’un achat de 20 bus jamais arrivés au Gabon pour une valeur de 3,6 milliards de francs CFA. Par ailleurs, certaines infrastructures réalisées pour la circonstance appartiennent déjà à certains dignitaires du régime, sachant que le principal stade réalisé est un don du gouvernement chinois. Où serait passée cette masse d’argent ? Voilà une affaire qui pourrait intéresser la justice française puisque les principaux détournements réalisés laissent souvent des traces sur le sol français, à l’instar des révélations du Parisien n°20985 dans son article intitulé « détournement de fonds des présidents africains au train de vie scandaleux », mettant en relief les scandales financiers du couple Ali Bongo.

Aujourd’hui, la société civile gabonaise s’interroge sur l’acharnement des médias et certaines sociétés civiles occidentales contre la Guinée Equatoriale. En effet, « ça suffit comme ça » constate qu’il y a eu une forte mobilisation sur les différents procès du président de la Guinée Equatoriale, ou le rejet de ses offres à l’UNESCO. La société civile gabonaise qui a multiplié des actions pour dénoncer la dictature gabonaise en lien avec les questions des BMA et des détournements de l’argent du pétrole, a été très peu entendue, alors que la contestation est moins forte en Guinée Equatoriale, pays qui ne souffre pourtant pas autant que le Gabon de l’absence d’investissement pour le développement par l’argent du pétrole. Ali a perdu des procès et multiplié des scandales tant sur le plan de la démocratie, du respect des droits de l’homme que dans les détournements massifs sans que les voix qui se mobilisent en ce moment pour la Guinée Equatoriale ne se lèvent. Ce constat pose un sérieux problème : est-ce une validation implicite des dictatures « amies de la France » au Congo-Brazzaville et au Gabon?

Par ailleurs, Ali Bongo, à la suite des dernières élections législatives a renouvelé son gouvernement en optant pour un nouveau premier ministre qui incarnerait le changement : Raymond Ndong Sima. Ce théâtre relève de la distraction politicienne. Le changement d’acteurs politiques ne règle pas le problème du Gabon essentiellement lié à la confiscation du pouvoir par une famille qui a fini par mettre sur pieds un système de près de 50 ans taillé sur mesure pour spolier le peuple. En outre, sachant que près de 90% de la population gabonaise ne se reconnait pas dans ce gouvernement issu des dernières législatives, peut-il avoir du crédit à l’international sans courir un certain nombre de risques dont celui lié à la problématique de la « dette odieuse » ? En somme, la situation politique du Gabon suscite sans cesse des inquiétudes et le silence tant des politiques que des acteurs de la société civile internationale, notamment de défense des droits humains, prouve que le monde actuel devient davantage cynique : faudrait-il une effusion de sang considérable pour que l’on prête attention à ce petit peuple !

Bruno Ondo, Ca suffit comme çà ! et Régis Marzin

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[1] http://www.slateafrique.com/82689/unionafricaine-un-sommet-sous-influence-francaise

PS: Article en version originale non modifiée par le rédacteur en chef de Billets d’Afrique. Version publiée par Survie en mars 2012: http://survie.org/billets-d-afrique/2012/211-mars-2012/article/ali-bongo-un-gangster-protege; Version reprise par http://www.pambazuka.org/fr/category/comment/82153

*

Plus d’informations: Législatives du 17 décembre 2011 au Gabon : encore des élections pour renforcer une dictature

Dossier d’information du 9 décembre 2011 rédigé par l’association Survie dans le cadre des activités du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique1: http://survie.org/IMG/pdf/DossierInfoLegislativesGabon_9_12_2011.pdf

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